Nos rues ne sont pas seulement jonchées de mauvaises herbes suite à l’interdiction de produits phytosanitaires. Elles sont aussi inondées d’ordures et de dépôts sauvages. Le triste résultat d’un mode de gestion verrouillé et d’un manque cruel de civisme. Depuis les premiers arrêtés du Préfet Poubelle (qui donnera son nom au container), c’est près d’un demi-siècle de réglementation qui est venu dénaturer la mission première d’un service public primordial : le ramassage des ordures.
Les années 80, avec l’explosion des déchets produits et l’accroissement de nos connaissances en matière de pollution ont eu pour conséquence heureuse de modifier les techniques de traitement. Parallèlement, les regroupements en syndicats puis en intercommunalité ont privé les élus locaux d’un réel pouvoir en la matière. Certes, le Maire garde son pouvoir de police concernant ce qui relève de la salubrité publique. Malheureusement la frontière juridique est objectivement très ténue entre ce qui relève des ordures ménagères, du dépôt sauvage ou de la salubrité.
Pour illustrer ce constat je tiens à replacer la commune de Coutras dans son contexte. Les ordures ménagères sont collectées par le syndicat intercommunal le SMICVAL composé de 140 communes. Les élus se sont organisés pour lui déléguer la compétence des ordures ménagères. Par la suite, cette compétence a été transférée à la Communauté d’Agglomération du Libournais qui est donc aujourd’hui l’interlocuteur du SMICVAL. Dans ce mille-feuilles administratif, aux structures de taille conséquente, le pouvoir du Maire est dilué et l’exercice de ses prérogatives rendues inopérantes.
C’est donc avec beaucoup de difficultés que certains Maires, dont je fais partie, luttent au quotidien pour garder leur ville propre. Nous subissons aujourd’hui une baisse de la fréquence de collecte du tout-venant. Auparavant hebdomadaire, ce ramassage n’est effectué plus qu’une fois tous les quinze jours. Après un an de mise en œuvre, ce sont les services municipaux qui doivent alors prendre le relais du syndicat gestionnaire pour ramasser 90 tonnes par an de déchets subis ! (Contre 30 auparavant) Un service public facturé donc deux fois à l’usager, la contribution due au syndicat n’ayant pas été révisée suite à cette baisse de prestation !
La baisse des tournées de collecte n’est pas le seul facteur. Nous faisons face à un manque terrible de civisme ! Il n’y a aucun respect de l’espace public, vu comme un simple bien de consommation comme tant d’autres. Je constate beaucoup d’initiatives visant à dénoncer l’accumulation des déchets dans les rues mais finalement peu de propositions ou de prise de conscience individuelle. C’est aussi très dévalorisant pour les personnels qui interviennent dans nos communes. Les métiers de ripper et d’agent technique restent très pénibles et hautement accidentogènes. La profession manque profondément de reconnaissance de la part de chacun.

Pour autant, je n’ai pas l’habitude d’être fataliste et des solutions existent pour chacun de ces maux. Sur la qualité du service, la solution est vieille comme le monde : la mise en concurrence. Seulement le droit a largement verrouillé la possibilité pour une commune de sortir d’un syndicat gestionnaire, là où paradoxalement l’Europe plaide pour la mise en concurrence quasi-systématique. Les phénomènes dont je viens de faire état doivent remettre cette question au goût du jour. Jacques Chirac alors maire de Paris avait privatisé la collecte en 1983 pour la moitié des arrondissements de la capitale. 35 ans après ce système est toujours en vigueur. La même démarche a été amorcée sur Bordeaux l’an dernier. Dans un premier temps, j’ai fait le choix d’équiper Coutras d’une brigade de propreté, spécialisée dans la traque des dépôts sauvages. Parallèlement, je demande à tous les agents de terrain, police et services techniques, d’être extrêmement vigilants à toutes formes de déchets qui pourraient survenir.

Le second combat c’est celui de la responsabilisation individuelle. Sur Coutras nous menons régulièrement des actions de sensibilisation et des campagnes d’affichage. Malheureusement la pédagogie ne suffit pas. C’est pourquoi dorénavant nous sanctionnons lourdement les dépôts sauvages. Ces incivilités sont le résultat de la perte d’un ensemble de valeurs et de repères, un sujet que j’ai abordé dans différents billets et que je réaborderai certainement. C’est aussi, à mon sens, lié à une erreur de jugement sur la portée de nos déchets que nous ne devrions pas considérer comme des externalités négatives. L’économie circulaire, c’est-à-dire la valorisation de nos déchets, apportera aussi un autre niveau de réponse.

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