L’Agence nationale de sécurité du médicament vient de se positionner en faveur d’une expérimentation du cannabis thérapeutique, afin de préciser le cadre et la prise en charge des patients qui pourraient en bénéficier.
27 pays dans le monde ont légalisé la consommation du cannabis à des fins thérapeutiques. 22 l’ont légalisé ou dépénalisé y compris à des fins récréatives, la majeure partie est européenne. Ce choix de législation partielle ou totale n’a pas eu les effets néfastes invoqués souvent sur des questions de santé publique. Bien au Contraire. Nous avons aujourd’hui plusieurs retours d’expérience qui doivent nous permettre d’aborder le débat de façon éclairée et rationnelle. Au Portugal par exemple, le taux de consommation de drogues dures y a même chuté depuis 1999. Au-delà des effets sur la santé publique, on constate aussi d’excellents résultats sur la baisse de la criminalité et un impact positif sur l’économie et l’emploi.
Le premier des effets à court terme observé après la légalisation du cannabis est la mort des filières mafieuses qui entourent aujourd’hui son commerce. Le trafic de drogue génère 2 milliards d’euros dans l’économie souterraine, dont la moitié provient du cannabis. Une étude conjointe d’économistes et de sociologues d’avril 2017 indique qu’« à partir de données issues de l’Uniform Crime Reports, nous montrons que l’introduction de ces lois a fait baisser de 12,5 % le nombre de crimes violents (tels que les homicides, agressions et vols). Nos résultats corroborent l’idée que l’assouplissement de la réglementation sur le cannabis thérapeutique réduit l’activité des organisations de trafics. Ces organisations font ainsi face à une concurrence légale, qui entraine ainsi une baisse significative de leurs profits dans l’un des marchés de la drogue les plus lucratifs. » En effet, le crime organisé se distingue par sa position de monopole, il exerce donc une emprise sur les filières et les consommateurs. Par ailleurs ces acteurs n’ont pas recours à la justice en cas de litige, la violence et les méthodes mafieuses sont donc la seule voie de résolution des conflits du crime organisé. La dépénalisation ou légalisation permet donc l’émergence de filières légales et encadrées.
C’est à partir de l’émergence de filières légales que l’impact sur la santé publique est positif. En France, le cannabis médicinal est autorisé mais uniquement de façon temporaire et nominative. La réglementation en vigueur rend par ailleurs la délivrance et l’approvisionnement très complexe. La légalisation à des fins thérapeutiques permettrait d’encadrer l’extraction du CBD (l’autre molécule du cannabis avec le THC). Le CBD produit des effets relaxants musculaires sans les effets psychoactifs du THC. La molécule a montré des résultats très concluant sur les cas d’épilepsie notamment. Parallèlement les études concluent vers un consensus d’une meilleure efficacité des traitements inhalés que par l’ingestion de pilules. Concernant la consommation récréative, la légalisation permet d’améliorer les programmes de prévention. En 2012, l’assurance maladie consacrait 1,5 milliard d’euros à la lutte contre les stupéfiants. La confection des produits est totalement opaque sur les marchés parallèles. Les produits issus de ces filières sont alors bien plus dangereux ; la concentration en THC est potentiellement plus élevée que celle en CBD. Les filières légales étant soumises à autorisation et la qualité des produits mieux contrôlée, il est plus simple pour les pouvoirs publics d’encadrer la production pour des produits moins nocifs et de sensibiliser les individus sur les problématiques liées à la surconsommation, comme c’est le cas pour l’alcool aujourd’hui par exemple.
Enfin, sur le plan économique, la fin du monopole des organisations mafieuses permettra une source de diversité dans les opérateurs, plus enclins au respect des consommateurs et aux choix individuels. L’émergence d’un marché favorisant des produits sains et mieux contrôlés pourrait créer de nouvelles opportunités entrepreneuriales et des créations d’emplois avec de nouvelles filières dans l’agriculture, la vente, la parapharmacie, etc… Une manne fiscale pour le budget de l’Etat et un choix plus libre pour le consommateur qui s’orienterait à loisir vers des productions, au choix, industrielles ou bio.
Je suis donc pour ma part en faveur d’une légalisation du cannabis à des fins tant thérapeutiques que récréatives. J’y mets une condition sine qua non, c’est que l’Etat s’assure d’un exercice libre et éclairé des consommateurs et des acteurs qui s’empareront de ce nouveau marché par le biais des autorités de santé. La vente d’alcool me parait un bon exemple, contrairement à la vente de cigarettes où l’encadrement trop strict de l’Etat favorise l’émergence de filières parallèles.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.