Un collectif d’élus, l’association « Centre-ville en mouvement », s’est adressé début septembre au Premier ministre pour demander un moratoire limitant l’extension de la grande distribution. Je vois dans cette prise de position le retour des vieilles recettes politiques basées sur le clientélisme et l’inaction. L’objectif premier de ce mouvement est d’évaluer l’efficacité des commissions nationales et départementales d’aménagement commercial (CNAC et CDAC) et de réfléchir à de nouveaux critères de régulation des espaces commerciaux hors centre-ville. Le mot est lâché, « régulation », le retour du camouflet qui privilégie de lutter contre un développement, plutôt que d’agir pour des synergies.

Je ne partage pas cette vision selon laquelle les activités extérieures au centre-ville créent une concurrence déloyale aux commerces de proximité. Si la concurrence existe bien, je la crois saine car elle est le préalable à l’établissement de passerelles entre les différentes activités et un moyen de redistribution des richesses. En réalité la désertification des centres-villes n’est pas issue de l’unique cause des extensions commerciales en périphérie. Elle est le résultat de multi causalités qui trouvent racines principalement dans le manque de vision politique et le manque d’animation.

Aujourd’hui tous les outils existent et sont entre les mains des Maires :

  • Le droit de préemption : lorsqu’un local commercial change de main, le Maire a tous loisirs de préempter pour choisir d’y sauvegarder une activité qui créé de l’animation et du lien social. Les années 90 et particulièrement 2000 ont vu beaucoup de locaux commerciaux (vêtements, bars, restaurants) être rachetés par des banques ou des assurances. Si ces activités tertiaires sont nécessaires, elles ne créent pas spécialement de lien social ou d’animation en cœur de ville. La préemption aurait pu endiguer ce phénomène.

  • Les normes en matière d’urbanisme : à travers les documents d’urbanisme, les Mairies peuvent également faciliter l’implantation et le développement de nouveaux commerces en privilégiant des règles simples d’urbanisme et en ayant le courage d’accorder des dérogations lorsque le droit le permet (poses d’enseignes, signalétique commerciale, aménagement de vitrines et devanture, etc.). Sur ma commune de Coutras, j’essaie autant que faire se peut d’avoir une administration bienveillante à l’égard des projets d’installations commerciales.

  • Politique de stationnement : la problématique du stationnement est cruciale et doit faire appel au bon sens de chacun. Dans une petite ville ou une ville de taille moyenne, la quantité de place est généralement suffisante pour absorber les flux mais dès les premières heures de la journée, il n’y a plus aucune place de stationnement libre devant les commerces. En revanche il reste souvent des places libres à moins de cinq minutes de marche. Privilégier les parkings excentrés et libérer les places en centre-ville permet une plus grande rotation des véhicules et donc des clients potentiels. L’alternance de zones bleues, de stationnement payant et d’arrêt minute peuvent faciliter cette rotation. Cela passe aussi par une réflexion sur la signalétique.

  • Une stratégie globale d’animation : par le biais des associations de commerçants, les municipalités ont un rôle à jouer dans l’impulsion de l’animation commerciale. Sur ma commune, les services municipaux se rapprochent systématiquement de l’association des artisans et des commerçants, pour chaque manifestation, afin de chercher à les intégrer à l’agenda culturel de la ville.

  • La qualité des commerces : avec ou sans grande surface, le commerce a évolué ces quarante dernières années ! Il y a ici aussi une vraie introspection à faire sur certaines pratiques commerciales qui datent d’un autre âge ou sur certaines mauvaises habitudes qui se sont installées avec le temps. Premièrement sur le digital. Je vois sur Coutras des entreprises qui se sont lancées sur Internet et qui reviennent aujourd’hui en centre-ville prendre un local pour asseoir leur crédibilité. Dans le même temps, nous avons des commerces qui n’ont toujours pas sauté le pas du numérique, absents des réseaux sociaux par exemple. Enfin j’observe un phénomène de « fonctionnarisation » de certains commerces qui font je crois le mauvais choix d’ouvrir sur des amplitudes horaires très restreintes.

En tant que Maire je suis bien conscient que l’exercice reste très difficile, mais il me semble que nous avons toutes les cartes en main pour relever ce défi qui reste selon moi, plus le résultat d’un immobilisme qui s’est installé depuis une vingtaine d’années que d’une véritable concurrence des grandes surfaces.

En réalité les extensions commerciales sont une chance pour le commerce de centre-ville. Je crois d’ailleurs que les villes qui ont la chance d’accueillir des grandes surfaces proches du centre doivent cultiver cette complémentarité. Les installations d’ampleur qui peuvent voir le jour constituent autant de recettes pour les collectivités qui permettent le financement d’une réelle politique d’animation et de synergies entre les centres et les zones commerciales : animations partagées, modes de déplacement doux, nouveaux équipements, aménagement des espaces, etc.

Je pense qu’il est temps de sortir de ce schéma fondé sur les antagonismes et de se saisir du potentiel qui dort au cœur de nos centres-villes. Ce n’est pas moins de concurrence qui permettra plus d’activité. C’est la diversité qui permettra l’attractivité.

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