Le 27 janvier dernier le nouveau rapport Borloo a été remis au gouvernement. Un énième plan « banlieues » qui succède à la longue liste des plans « anti – ghettos », en faveur des quartiers « sensibles » ou « défavorisés », des « zones de non-droit ». La multiplicité des dénominations laisse songeur sur la façon d’appréhender les multi causalités du phénomène. Il faut remonter à 1977 pour voir le premier plan d’intervention à destination de ces quartiers dont on a bien du mal à leur donner un nom ou une définition. Pour cause, la situation est complexe. On pourra légitimement reprocher le manque d’ambition des plans précédents, pas en termes de moyen c’est certain puisque les milliards se sont accumulés, mais bien en matière d’approche et de méthode. Ces milliards n’auront pas permis de véritablement mettre fin à la fracture sociale qui enferme des pans entiers de notre population dans le chômage et la pauvreté. Entre 1989 et 2002, 50 milliards avaient déjà été fléchés. Le premier plan Borloo aura ensuite coûté 40 milliards entre 2003 et 2012. La Cour des comptes alertait déjà au début des années 2000 sur des subventions hasardeuses et sans contrôle au bénéfice de quelques 15 000 associations signalées. Le dernier plan Borloo propose 48 milliards d’intervention et reste dans cette même idéologie politique qui fonde la redistribution des richesses sur la seule logique de moyen. C’est aussi l’éternelle chimère qui consiste à séparer hermétiquement la création de richesses de sa redistribution, comme si la société civile était par nature irresponsable et que les cercles vertueux n’existaient pas. Enfin, c’est passé à côté des spécificités territoriales en amalgamant dans un même plan les territoires ruraux, semi-ruraux et urbains. Les plans précédents ont quelque chose de condescendant vis-à-vis des territoires, comme si nous étions incapables de prendre notre destin en main, et que nous devions nous contenter d’être biberonnés comme de dociles ruraux dans leur réserve naturelle. A tel point que certains ont même fait un fonds de commerce de cette caricature, en enracinant le fatalisme dans l’esprit de nos concitoyens.

Pour ma part je dresse le même constat qu’en matière d’éducation : il est urgent de sortir d’une logique aveugle de moyen et de passer à une logique de résultat. L’éducation nationale est le premier budget opérationnel de l’Etat avec près de 71.6 milliards d’euro. Pour autant la place de la France dans le classement PISA de l’OCDE ne cesse de dégringoler. Les plus optimistes m’objecteront que l’éducation nationale offre des moyens conséquents aux élèves (bien qu’ils soient largement financés par les budgets communaux par ailleurs). De la même façon, les plans « banlieues » auront permis l’arrivée de nombreux équipements dans les quartiers : médiathèques à la pointe repeintes encore et encore, terrains de foot, gymnases rénovés, rasés puis reconstruits puis rénovés à nouveau…Sans négliger l’importance de l’effet cadre, la réalité est ailleurs. Bien sûr quelques emplois ont été créés, en partie dans le back office pour aider au montage des dossiers de subventions, la boucle est bouclée. Comme je l’indiquais la situation de certains quartiers est multi causale et en face de chaque cause, il faut chercher une solution pragmatique. Cet examen impose le courage politique de nommer les choses, les dérives, et de porter ensuite les solutions qui en découlent. Les élus locaux sont les plus à même d’apprécier le terrain, mais rien ne pourra se faire sans le concours de l’État.
La première des réalités est la concentration de population n’ayant pas la maîtrise de la langue française ni de sa culture. Avant de mettre en œuvre n’importe quel programme ou aide, si la langue et la culture qui légitime l’intervention des pouvoirs publics ne sont pas maîtrises, tous dispositif est voué à l’échec. J’en reviens ici aux méthodes et au fonctionnement de l’enseignement qui malgré des moyens conséquents peine à transmettre les savoirs de base. C’est ensuite permettre à chacun d’avoir accès à la connaissance et au savoir. C’est comprendre que tout le monde ne rentre pas dans le carcan de l’éducation nationale. A Coutras, je cherche à développer des structures alternatives d’enseignements à destination des décrocheurs scolaires ou de ceux qui choisissent des parcours moins conventionnels. La commune devrait accueillir dès 2019 une école de la seconde chance et dans un avenir proche une maison des arts et de la création. Évidemment tout cela n’est possible que dans un cadre sécurisé, et c’est peut-être même la première des conditions. La République doit réaffirmer son autorité. Nous avons engagé à Coutras un travail important de collaboration avec les services de Gendarmerie pour assurer plus efficacement une couverture de terrain et nous déploierons courant 2019 une seconde tranche de vidéoprotection. Les pouvoirs de police du Maire donnent en réalité une large autonomie, encore faut-il avoir le courage politique de les appliquer pleinement. Bien d’autres choses sont en jeu : l’urbanisme, la propreté, l’animation, etc. Enfin tout ceci doit servir un terreau propice à la volonté d’entreprendre, de valoriser le potentiel de chacun de la façon qu’il lui plaît. C’est ce que j’essaie de mettre en œuvre avec la structuration d’un pôle dédié à l’entreprenariat sur le quartier de la gare de Coutras qui regroupera une maison de l’entreprise et de l’emploi (sous forme de guichet unique), une pépinière d’entreprises, l’école de la seconde chance et une entreprise adaptée.

La méthode semble porter ses fruits puisque nous sommes aujourd’hui régulièrement sollicités par des porteurs de projets privés comme publics qui choisissent spontanément notre commune. La clé est de responsabiliser les gens en leur donnant la liberté de maîtriser leurs parcours éducatif, professionnel, résidentiel, bref leur destin. Ce sont selon moi les préalables à l’émergence d’un écosystème vertueux pour libérer la capacité d’entreprendre et qui apportera bien plus de valeur ajoutée à notre société, que des milliards aveuglement dépensés.

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