Une société qui ne croit pas en sa jeunesse ne croit pas en l’avenir, il en est de même pour une société qui abandonne ses ainés. En tant que Président de l’EHPAD de Coutras et du CCAS qui suit la Résidence Autonomie du Hameau de la Croix Rouge, je constate avec effroi la vision industrielle qui est faite de la dépendance et de la fin de vie. Les moyens attribués à ces structures par les institutions « chef de file » et les modes d’organisation qui sont imposés semblent oublier ce qui devrait faire le cœur de ces structures : l’humain. Les résidences sont même vendues comme de véritables placements financiers, une sorte de générosité rentable au risque contractuel finement calculé.

Si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Certes la vision comptable et financière ne peut être occultée mais il est devenu urgent de poser le débat sur la considération qui doit être accordé à nos ainés. Nous approchons du point de rupture où soignants, résidants et familles doivent être replacés au centre de l’équation.

La question est d’autant plus d’actualité qu’avec les progrès de la médecine et l’avènement de la paix, l’espérance de vie a largement progressé si bien qu’après le « troisième âge » un « quatrième âge » est apparu. Il est donc nécessaire d’aborder cette problématique en deux temps : les seniors autonomes et les seniors dépendants.

Autre point important, la transformation en profondeur de la cellule familiale. Alors qu’au siècle dernier toute la famille vivait sous un même toit, la cellule familiale prend aujourd’hui une multitude de formes (concubinage, famille monoparentale, etc.) ce qui a dans une certaine mesure favorisé l’isolement.

Dans cette nouvelle configuration inédite à notre époque, la sociologie relève un nouveau phénomène : le placement de gré ou de force des seniors dans des structures « pour leur bien » sans réellement identifier la multiplicité des causes qui pourrait amener une telle démarche à l’échec :

  • De fait, ces structures font écran avec le monde extérieur et sont parfois trop éloignées des repères de vie des résidants.

  • Difficultés de communication parce que l’entrée ou le placement se fait à un âge de plus en plus avancé (trouble d’audition, de vision, de mobilité)

  • Eloignement des proches

Le sentiment d’isolement et l’éloignement de la famille restent la préoccupation principale des seniors en structures, bien avant les maux liés à l’âge (douleurs, perte d’autonomie, etc.)

L’accumulation de ces facteurs conduisent à l’« hospicialisation », ou le retour sous une certaine forme des hospices, structures où la société classait ses indigents dont elle ne savait que faire.

Pour lutter contre ce constat bien triste, malgré des pouvoirs de maire limités en la matière, j’engage sur la commune plusieurs projets pour remettre l’humain au cœur de l’action publique.

Concernant l’EHPAD, j’ai alerté par deux fois les autorités de tutelles : ARS et Département, pour l’embauche de personnel supplémentaire dans notre contexte de désertification médicale. En l’absence de structure spécialisée à proximité, notamment sur certains cas psychiatriques, l’EHPAD doit pallier tant bien que mal ce déficit d’équipement.

Les futurs logements qui seront livrés sur la commune répondront tous à un cahier des charges précis pour intégrer du T1 au T5, en totale accessibilité à mobilité réduite, comprenant jardinet ou balcon pour favoriser la mixité inter générationnelle et limiter l’isolement.

Le centre de santé qui ouvrira ses portes en septembre prochain, permettra l’implantation de nouveaux médecins généralistes en cœur de ville, dans une commune où près d’un patient sur deux n’a pas de médecin traitant déclaré.

Nous réfléchissons activement à l’embauche d’un gardien pour la Résidence Autonomie en cours de rénovation. Ce gardien aura un rôle de proximité avec les résidents pour faire le relais auprès des soigneurs. Il permettra aussi une meilleure réactivité quant aux éventuels aléas techniques sur site (rideaux mécaniques, éclairage…) afin de préserver un environnement sain.

L’équipe municipale n’exclut pas une reprise en régie complète de la résidence pour aller bien plus loin dans l’impulsion d’une politique d’accompagnement.

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