Le département de la Gironde lancera prochainement une expérimentation sur le revenu universel. L’idée, souvent abordée mais rarement concrétisée, revient au cœur du débat politique à l’heure où notre modèle social français souffre d’une double peine : d’une part un déficit de légitimité quant à l’accompagnement des plus fragiles vers un accès aux soins, vers un logement digne et vers le monde du travail. D’autre part, revenir à un équilibre financier semble irréalisable, en tout cas hors d’atteinte si l’on se cantonne à des mesurettes électoralistes.

Mais qu’est-ce qu’exactement le revenu universel ? C’est toute la question. En réalité les divers intervenants qui le plébiscitent ne parlent pas de la même chose. Il s’agirait d’une allocation de base versée à tout individu de sa naissance à son décès, pour lui permettre de vivre dans des conditions minimums de sécurité et de dignité. Si l’intention est louable les questions sont multiples et les réponses que nous choisirons seront très révélatrices de la valeur que nous accordons au travail et comment nous conditionnerons son évolution.

Souhaitons-nous une allocation unique, qui viendrait remplacer les minimas sociaux existants ? Dans cette hypothèse la plus simple, l’objectif à court terme est la recherche d’économie dans la gestion de multiples minimas sociaux gérées par des organismes différents, en l’état très couteuse. Mais est-ce une allocation d’un montant fixe ou un complément venant s’ajouter à des revenus du travail classique ? Si l’on s’orientait vers une allocation véritablement universelle, d’un montant fixe que ses défenseurs estiment de 400 à 1000 € mensuels, peut-on vraiment considérer que dans un Etat de droit et de devoirs, ledit Etat verse sans discernement un revenu à quiconque sans contrepartie ?

Vient ensuite la question de son financement. Par cotisation ? Par crédit d’impôt ? Il va sans dire que dans notre cas d’une population vieillissante, une économie qui peine à muter et dont les emplois ne sont pas instantanément créés ou pourvus, qu’adviendra-t-il du revenu universel si nous avons un jour autant d’actifs que d’inactifs ?

Il y a en fait derrière cette question un postulat dans lesquels je ne crois pas une seconde, c’est la disparition du travail. Les révolutions technologiques se sont succédées et jamais le travail n’a disparu car les glissements sectoriels sont toujours intervenus naturellement. Le travail a muté. La robotique ne fera pas disparaitre le travail, c’est en consacrant les robots aux tâches les moins sensées et les plus aliénantes que des centaines de métiers verront le jour dans le conseil ou le relationnel. Paradoxalement ce sont les robots qui vont rendre le travail plus humain ! Nous ne connaissons pas la moitié des métiers qui naitront demain. Qui aurait pensé il y a 50 ans que nous aurions des musicothérapeutes ou des conseillers en sécurité des données ?

Je préfèrerai davantage une société où chacun puisse s’épanouir dans son travail, lui garantissant un lien social solide et un revenu qui lui permette de se loger et de vivre décemment. C’est pourquoi je crains que le revenu universel soit une solution de facilité. Nous aurions beaucoup plus à gagner à réformer notre fiscalité anti-croissance, notre politique industrielle inexistante et notre système de formation inadapté. Ce dont nous avons besoin c’est d’un vrai programme, d’un véritable projet de société. Pas d’un chèque en blanc.

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