Depuis le référendum britannique en juin 2016 qui a donné le Brexit vainqueur, l’économie Anglaise voit ses premières transformations et pousse les institutionnels à réorienter dans l’urgence leurs politiques. Résultat d’une campagne tronquée médiatiquement et alimentée par des discours populistes, nos voisins de Grande-Bretagne déchantent.

J’abordais déjà les risques liés à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne dans un précédent billet.

Ce jeudi, la Banque d’Angleterre a relevé son taux directeur à 0.5 % afin de contrecarrer l’inflation qui s’empare de l’économie Britannique depuis le vote du Brexit. Une première depuis la crise financière de 2008. En effet, en un an et demi, la livre sterling a chuté de 15% par rapport à l’euro. Dans un pays qui importe beaucoup et exporte peu, la perte de pouvoir d’achat des Anglais est estimée à 680 euros. La Banque d’Angleterre a également abaissé sa prévision de croissance en indiquant que « La décision de quitter l’Union européenne a un impact notable sur les perspectives économiques. Les incertitudes associées au Brexit pèsent sur l’activité (au Royaume-Uni) qui a ralenti malgré une hausse significative de la croissance mondiale. Des risques considérables continuent de peser sur les perspectives ».

Conséquence du Brexit, la croissance ralentie. Nationwide, banque mutualiste, indiquait récemment que les prix de l’immobilier résidentiel à Londres ont baissé de 0.6% en un an, la plus forte baisse enregistrée depuis 2005. Le marché, surtout porté par des investisseurs étrangers, souffre du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. Le volume d’investissement a été divisé par trois et recule sur un an de 214 millions de livres à 77 millions. Des résultats inquiétants et des perspectives qui ne s’arrêtent pas qu’au secteur de l’immobilier. L’institut State Street révélait dans un dernier sondage auprès d’investisseurs que seulement 40% d’entre-deux gardaient un sentiment positif sur les perspectives à moyen terme (trois à cinq ans).

L’autre grand perdant du Brexit, c’est bien sûr le secteur financier. Plusieurs banques Américaines et du Moyen Orient ont déjà affiché leur volonté de transférer hors d’Angleterre une partie de leurs activités. Les conséquences sur l’emploi sont estimées à près de 10 000 suppressions de postes. Dans le pire scénario, si les enseignes financières de la City se voyaient privées du passeport financier européen, la Banque d’Angleterre table sur 75 000 suppressions de postes d’ici mars 2019.

Ces chiffres lèvent le voile sur les soi-disant bienfaits d’une sortie de l’Union Européenne, considérée souvent à tort comme la source de tous les maux dont nous souffrons. En réalité l’Union Européenne sert de bouc émissaire aux régionalismes qui se sont exacerbés, comme si elle était la seule responsable d’une mauvaise redistribution des richesses. Ces initiatives sécessionnistes aggravent même les fractures au sein des États. C’est le cas de l’Irlande du Nord et de l’Écosse dans le cas du Brexit, qui revendiquent une appartenance européenne. On notera d’ailleurs sur tous ces sujets à tendance « indépendantistes », la pauvreté des débats. Dans l’échec, la responsabilité des États membres n’est jamais invoquée. L’absence ou l’échec de certaines politiques nationales n’est jamais abordé.

Or, l’Union Européenne est bien composée d’États membres qui désignent leurs représentants, au suffrage direct pour ce qui relève du parlement Européen et par nomination au sein des multiples organes exécutifs et législatifs qui la composent : Le Conseil Européen (les chefs d’États des pays membres), qui à son tour va désigner les membres de la commission européenne ; et le Conseil de l’Europe (les Ministres des États membres).

Si l’Europe est à juste titre, parfois considérée comme trop technocratique, il faut faire la part des choses. La responsabilité de nos dysfonctionnements sociaux et économiques incombe alors à mon sens en premier lieu aux États membres et à leurs décideurs. A ce titre, suite à une décision souveraine du Royaume-Uni, il appartient aux États membres de se repositionner, principalement la France et l’Allemagne qui peuvent ici renforcer leur rôle central comme moteur de l’Union Européenne.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.