Avec la rentrée s’amorce aussi la saison des vendanges qui marquent pour notre région un temps fort de son activité économique, généralement propice a un rebond du marché de l’emploi. A l’inverse d’autres activités agricoles, les viticulteurs se heurtent chaque année à une pénurie de main-d’œuvre de plus en plus inquiétante. Un phénomène symptomatique du déséquilibre qui existe sur le marché du travail français et une plaie pour notre économie locale.
De toutes les activités agricoles, la viticulture est le premier pourvoyeur d’emploi saisonnier puisqu’il représente 45% des offres. La Nouvelle-Aquitaine est la seconde région viticole de France avec près d’un tiers des surfaces cultivées du pays. C’est comme chacun le sait un pan éminemment important de notre économie. A la fin de ce mois d’août, les groupements d’employeurs estimaient que seulement 1,5 poste sur 5 était pourvu. 40% des professionnels ciblent le recrutement comme une difficulté majeure dans leur exploitation.
Comme toujours, chaque problème est lié à des multi causalités tout comme chaque cause a des impacts plus ou moins déterminants. Concernant cette pénurie de saisonniers, on peut rapidement avancer plusieurs hypothèses : mécanisation du métier, difficultés de logement ou de mobilité, changement des dates de rentrée universitaire (les étudiants étant généralement un grand vivier de saisonniers)
Plus particulièrement, je souhaite m’arrêter ici sur le rôle néfaste des trappes à chômage. Comme je l’ai souvent traité sur ce blog, la valeur travail a été gravement dévalorisée. Derrière une forme de déresponsabilisation financière, l’arbitrage individuel est pourtant tout à fait rationnel : le coût rémunération/pénibilité du travail, n’est plus en faveur du travail saisonnier. Surtout, il ne fait pas le poids face à l’addition de revenus sociaux. Les candidats au travail saisonnier ne sont simplement pas incités à travailler pour subvenir à leurs besoins.
Ce résultat est celui d’une politique qui devait recréer du lien social mais paradoxalement basée uniquement sur la santé financière des ménages. Pourtant le travail est bien plus que cela, c’est un des vecteurs clés de la création de lien social. Comme Durkheim le démontre, le travail donne à chacun un rôle qui lui est propre, une personnalité. Par le travail, nous devenons complémentaires.
Les viticulteurs, comme d’autres professions (dans le bâtiment ou la restauration) subissent donc de plein fouet cet effet collatéral d’une politique sociale construite sur un diagnostic erroné.
Je vois dans les dernières annonces gouvernementales une opportunité de renverser la tendance, et rendre à notre société des valeurs de cohésion. Le Président de la République vient d’annoncer ce jeudi 13 septembre son plan pauvreté. Parmi les mesures, il invoque selon moi à juste titre le « développement massif de dispositifs d’insertion par l’activité économique », considérant que « le retour au travail est le meilleur outil de lutte contre la pauvreté ». Il fait notamment référence aux territoires zéro chômage.
En novembre 2016, 10 territoires ont été sélectionnés pour se lancer dans cette expérimentation. Son principe est la création « d’entreprises à but d’emploi » (financées sans surcoût par une redirection des cotisations chômage) qui s’attachent à référencer et pourvoir les emplois non satisfaits. Dans ses recrutements, la structure intègre les solutions qui vont permettre de lever les freins à l’embauche (mobilité, formation…) pour le retour à l’emploi. L’expérimentation en cours prend fin à l’horizon 2019. Je proposerai prochainement au Pays du Libournais de se porter candidat à cette expérimentation.
Enfin le Président de la République a appelé à « repenser les minima sociaux », dont le RSA. L’occasion peut être de généraliser une mesure validée par le Conseil d’Etat : l’instauration de travail bénévole pour les titulaires du RSA. Au Conseil départemental du Haut-Rhin, voilà un an que les allocataires se voient proposées des engagements de bénévolat. Dans les six premiers mois, 600 allocataires s’étaient déjà inscrits pour 800 offres déposées par 130 structures. La Présidente du Conseil Départemental indiquait que « ce dispositif donne aux bénéficiaires un objectif dans leur vie et un objectif dans la semaine. Ces personnes se rendent compte aussi que dans une association ou une structure, elles rencontrent d’autres personnes et elles recréent du lien social. Grâce à ce lien social, elles peuvent retrouver un vrai travail. » Une initiative intéressante comparée au Département de la Gironde qui prône le revenu de base.

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